Le métabolisme ralentit-il vraiment après 40 ans ?

Dre Gessy Bellerive Celestin

Médecin spécialiste en Endocrinologie, Diabétologie et Nutrition
Direction scientifique — ICM
Octobre 2026 · Temps de lecture : 7 min

Ce qui change réellement avec l’âge — et pourquoi la réponse est plus nuancée qu’on ne le pense.

/ APRÈS 40 ANS

La réponse courte : pas forcément.

Les données scientifiques ne montrent pas de chute brutale de la dépense énergétique à 40 ans. En revanche, plusieurs facteurs qui influencent notre équilibre métabolique peuvent évoluer progressivement.

Que signifie réellement « métabolisme » ?

Le métabolisme ne correspond pas simplement au nombre de calories que notre organisme dépense.

Il désigne l’ensemble des réactions qui permettent à notre corps de fonctionner en permanence : produire et utiliser de l’énergie, renouveler les tissus, maintenir la température corporelle, faire fonctionner les organes, digérer les aliments ou encore s’adapter à l’activité physique.

Notre dépense énergétique quotidienne comprend notamment :

l’activité physique et les mouvements du quotidien ;

le métabolisme de repos, c’est-à-dire l’énergie nécessaire au fonctionnement de l’organisme au repos ;

l’énergie utilisée pour digérer et assimiler les aliments.

Elle dépend également de différents facteurs, notamment de notre taille, de notre composition corporelle et de notre niveau d’activité.

À retenir

Le métabolisme n’est pas un moteur qui devient simplement “lent” ou “rapide”.

Il reflète un ensemble de mécanismes qui évoluent en interaction avec notre composition corporelle, notre activité et notre environnement.

Que montrent les données scientifiques ?

L’idée selon laquelle le métabolisme commencerait automatiquement à ralentir dès 40 ans est très répandue.

Pourtant, les données disponibles montrent une réalité plus nuancée.

Une grande étude publiée dans Science en 2021 a analysé la dépense énergétique quotidienne de plus de 6 000 personnes, âgées de quelques jours à 95 ans.

Après prise en compte notamment de la composition corporelle, les chercheurs ont observé que la dépense énergétique ajustée restait globalement stable entre environ 20 et 60 ans.

La diminution liée à l’âge devenait davantage visible après cette période.

Cela signifie qu’il n’existe pas de basculement métabolique universel au moment où l’on atteint 40 ans.

Pontzer et al., Science, 2021

≈ 20–60 ans

Dépense énergétique ajustée globalement stable

En revanche, cela ne signifie pas que rien ne change.

Avec le temps, notre composition corporelle, notre niveau d’activité physique, la quantité de certains tissus ou encore différents facteurs physiologiques peuvent évoluer et influencer progressivement nos besoins et notre équilibre énergétique.

C’est précisément pour cette raison qu’il est plus utile de chercher à comprendre ce qui change réellement dans l’organisme plutôt que d’attribuer systématiquement toute évolution du poids ou de la silhouette à un « métabolisme plus lent ».

À savoir

Passer le cap des 40 ans ne provoque donc pas, à lui seul, une chute brutale de la dépense énergétique.

Ce qui peut réellement changer après 40 ans

Même si la dépense énergétique ne chute pas brutalement à 40 ans, plusieurs éléments peuvent évoluer progressivement avec le temps.

Ces changements ne sont pas identiques chez tout le monde, mais ils peuvent influencer la manière dont l’organisme utilise et dépense l’énergie.

Masse musculaire

La masse musculaire peut diminuer progressivement avec l’âge, en particulier lorsque les muscles sont peu sollicités.

Or, le muscle joue un rôle important dans la dépense énergétique, l’utilisation du glucose et le maintien des capacités physiques.

Composition corporelle

Avec le temps, la proportion de masse musculaire et de masse grasse peut évoluer, parfois sans changement important du poids.

C’est pourquoi la balance ne suffit pas toujours à comprendre ce qui se passe réellement dans le corps.

Activité quotidienne

Nous pouvons également bouger moins qu’avant sans toujours nous en rendre compte.

Marcher moins, rester davantage assis ou réduire certains mouvements du quotidien peut progressivement diminuer la dépense énergétique totale.

À retenir

Après 40 ans, ce n’est donc pas nécessairement le “métabolisme” qui ralentit brutalement.

Ce sont souvent plusieurs composantes de l’équilibre métabolique qui évoluent progressivement et peuvent, ensemble, modifier les besoins et la réponse de l’organisme.

Environnement hormonal

Certaines périodes de la vie s’accompagnent de changements hormonaux susceptibles d’influencer la composition corporelle, la répartition de la masse grasse ou encore certains mécanismes de régulation métabolique.

Ces effets ne sont cependant ni universels ni isolés : ils interagissent avec l’âge, l’activité physique, l’alimentation et d’autres facteurs.

Pourquoi le poids peut-il devenir plus difficile à stabiliser ?

Parce qu’un équilibre qui fonctionnait auparavant peut progressivement se modifier.

Une personne peut, par exemple, conserver des habitudes alimentaires assez proches de celles qu’elle avait quelques années auparavant, tout en :

  • bougeant un peu moins au quotidien ;

  • perdant progressivement de la masse musculaire ;

  • modifiant sa composition corporelle ;

  • traversant des changements hormonaux ;

  • connaissant des modifications de ses rythmes de vie, de son sommeil ou de son niveau d’activité.

Pris isolément, aucun de ces éléments n’explique nécessairement tout.

Mais leur combinaison peut progressivement modifier l’équilibre entre les besoins de l’organisme, les apports alimentaires et la dépense énergétique.

C’est pourquoi certaines personnes ont l’impression de « faire comme avant » tout en observant que leur poids ou leur silhouette évoluent différemment.

Cela ne signifie pas que leur métabolisme est « cassé ».

La question utile devient alors :

Qu’est-ce qui a réellement changé dans mon organisme et dans mon quotidien ?

C’est en identifiant ces changements que l’on peut ensuite déterminer les leviers sur lesquels il est réellement pertinent d’agir.

Sur quoi peut-on agir ?

Tout n’est pas modifiable.

Nous ne pouvons pas arrêter le temps ni contrôler entièrement les changements hormonaux ou physiologiques qui accompagnent certaines périodes de la vie.

En revanche, plusieurs leviers importants peuvent être travaillés au quotidien.

Adapter son alimentation

L’objectif n’est pas simplement de « manger moins ».

Il s’agit aussi de couvrir correctement ses besoins, notamment en protéines, de maintenir une alimentation suffisamment riche en fibres et de construire des repas globalement favorables à la santé métabolique.

Une approche utile ne repose pas sur une liste d’aliments interdits, mais sur des repères simples, adaptés au quotidien.

Préserver le muscle

Le muscle joue un rôle central dans la santé métabolique.

Le solliciter régulièrement permet de préserver ses capacités, de soutenir l’utilisation du glucose et de limiter progressivement la perte de masse musculaire.

Le renforcement musculaire ne signifie pas nécessairement pratiquer une musculation intensive.

Il s’agit surtout de faire travailler les muscles contre une résistance adaptée et suffisamment régulière.

Bouger régulièrement

L’activité physique ne se limite pas au sport.

Marcher davantage, interrompre les longues périodes assises, bouger après certains repas ou maintenir des activités régulières au cours de la semaine participent également à l’équilibre métabolique.

Le mouvement quotidien et l’activité structurée sont complémentaires.

À retenir

Agir sur sa santé métabolique après 40 ans ne signifie pas tout changer en même temps.

Il s’agit plutôt d’identifier les leviers les plus pertinents pour sa situation et de construire des actions simples, progressives et réalistes.

Prendre en compte le sommeil et les rythmes de vie

Le sommeil et les rythmes de vie ne sont pas la cause unique des changements métaboliques.

Mais lorsqu’ils sont durablement perturbés, ils peuvent influencer la récupération, l’alimentation, l’activité physique et plus largement la régulation métabolique.

Ils méritent donc d’être intégrés dans une approche globale.

En résumé

01 — Le métabolisme ne chute pas brutalement à 40 ans

Les données disponibles montrent que la dépense énergétique ajustée reste globalement stable pendant une grande partie de l’âge adulte.

02 — Plusieurs éléments peuvent néanmoins évoluer

La composition corporelle, la masse musculaire, l’activité quotidienne et certains changements hormonaux peuvent progressivement modifier l’équilibre métabolique.

03 — Comprendre ce qui change permet de mieux choisir sur quoi agir

L’objectif n’est pas de tout modifier en même temps, mais d’identifier les leviers les plus pertinents pour sa propre situation et de construire des actions progressives et réalistes.

Après 40 ans, la question n’est donc pas seulement : « Mon métabolisme ralentit-il ? »

Mais plutôt :

Qu’est-ce qui change réellement dans mon organisme, et sur quoi puis-je agir ?

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Sources scientifiques

  1. Pontzer H, et al. Daily energy expenditure through the human life course. Science. 2021;373(6556):808–812. doi:10.1126/science.abe5017.

  2. Fernández-Verdejo R, Sanchez-Delgado G, Ravussin E. Energy Expenditure in Humans: Principles, Methods, and Changes Throughout the Life Course. Annual Review of Nutrition. 2024;44:51–76. doi:10.1146/annurev-nutr-062122-031443.

  3. Fenton A, Smart C, Goldschmidt L, Price V, Scott J. Fat mass, weight and body shape changes at menopause — causes and consequences: a narrative review. Climacteric. 2023;26(4):381–387. doi:10.1080/13697137.2023.2178892.

  4. Juppi HK, Karppinen JE, Laakkonen EK. Menopause and Body Composition: A Complex Field. Seminars in Reproductive Medicine. 2025;43(2):85–105. doi:10.1055/s-0045-1809531.

À propos de l’auteure

Dr Gessy Bellerive Celestin
Médecin spécialiste en Endocrinologie, Diabétologie et Nutrition
Direction scientifique — Institut de Compréhension Métabolique

Cet article a une visée éducative et informative. Il ne remplace pas une évaluation médicale individuelle.